w ou le souvenir d'enfance
W ou le souvenir d'enfance est un ouvrage hybride de Georges Perec, alternant deux récits distincts : une fiction et une autobiographie. La première partie, intitulée « W », raconte l’histoire d’une île imaginaire, W, où une société dystopique organise la vie autour de compétitions sportives brutales, dans un système totalitaire qui évoque les camps de concentration. La seconde partie est un récit autobiographique où Perec explore ses souvenirs fragmentés de l’enfance, marquée par la disparition de ses parents (sa mère déportée à Auschwitz, son père mort au front). Les deux récits s’entrelacent sans se rejoindre explicitement, mais se répondent thématiquement, notamment sur les thèmes de la perte, de la mémoire et de l’absence.
L’alternance entre fiction et autobiographie reflète la fragmentation de la mémoire de Perec. La fiction, froide et descriptive, contraste avec l’autobiographie, plus introspective et lacunaire, soulignant l’impossibilité de reconstituer pleinement le passé.Le livre explore la mémoire traumatique, l’absence (des parents, de l’identité juive) et l’horreur totalitaire. L’île de W peut être vue comme une métaphore des camps nazis, tandis que les souvenirs d’enfance, incomplets et incertains, traduisent la difficulté de Perec à se reconnecter à son passé.Perec interroge la capacité de la littérature à dire l’indicible (le génocide, le deuil). En juxtaposant fiction et réalité, il met en lumière les mécanismes de reconstruction de la mémoire et la manière dont l’imaginaire comble les vides laissés par l’Histoire.
La partie « W » de W ou le souvenir d'enfance de Georges Perec peut être qualifiée de dystopie. Elle décrit une île imaginaire où une société totalitaire organise la vie autour de compétitions sportives brutales, dans un système oppressif qui évoque les camps de concentration. Cette dystopie, froide et méthodique, sert de métaphore aux horreurs du nazisme, tout en contrastant avec le récit autobiographique de l’enfance de Perec, marqué par la perte et la mémoire fragmentée. L’aspect dystopique amplifie l’horreur et l’absurdité des systèmes totalitaires, renforçant le parallèle avec l’Histoire.
Si Perec illustre sa société dystopie par le choix de jeux sportifs, ce n'est pas un hasard mais une référence aux Jeux Olympiques de Berlin organisée par l'Allemagne nazie en 1936. L’athlétisme, n'est pas un choix anodin, peut incarner des valeurs correspondant à un régime fasciste. La devise du régime fasciste dans la dystopie de Pérec est "Plus haut, plus fort, plus vite", rappelant ainsi la devise olympique.
Les champions sont glorifiés, tandis que les perdants sont ostracisés. Dans cette société, le sport sert de sélection darwinienne et mène à l'eugénisme.
Ainsi, seuls les meilleurs athlètes peuvent se reproduire dans des compétitions de viols nommées les "Atlantiades" dont le concept est de laisser une femme seule devant échapper aux athlètes.
Les "citoyens" de cette société sont totalement déshumanisés, dans ce qui semblait être une société prônant des valeurs positives comme l'effort et l'hygiène physique et corporelle tourne rapidement au cauchemar.
Perec montre ainsi comment l’exaltation sportive, glorifier la performance (très présente dans les idéologies fascistes et nazies, avec leur culte du corps aryen, des Jeux de Berlin 1936, etc.) peut servir de masque à la barbarie. L’utopie sportive se retourne en son contraire : un camp où la « sélection naturelle » est érigée en système totalitaire.
Le fascisme valorise le surhomme, la force physique, la hiérarchie biologique et méprise la faiblesse. Il en est de même dans de nombreuses disciplines sportives, principalement dans l'athlétisme dont seuls les plus forts peuvent réussir et sont glorifiés.
Néanmoins, Georges Pérec ne considère pas que le sport est purement et simplement fasciste mais que fantasmer une société basée sur la performance sportive, sur cette simple donnée, qu'exalter l'effort sportif, de considérer les "inactifs" comme des personnes faibles, inutiles c'est faire germer une logique fascisante et porter aux nus des idéaux fascistes.
L’athlétisme n’est pas un décor, c’est le cœur de la métaphore.

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