Espagne: Du franquisme à la démocratie

 


20 Novembre 1975. Franco meurt. Il est enterré dans le vaste mausolée qu'il a érigé, construit sur une période de 20 ans par des prisonniers politiques, le Valle de los Caidos, pour honorer la mémoire des fascistes morts durant la guerre civile espagnole

Peu avant sa mort, Franco avait désigné le prince Juan-Carlos comme son successeur. Proclamé roi d'Espagne, le roi Juan-Carlos promet de rester fidèle au Mouvement National, appareil d'État du franquisme. Pourtant, le 22 Novembre 1975, le roi appelle à construire le pays démocratiquement en se tournant vers une monarchie parlementaire

Les premières élections se tiennent en Juin 1977, ce sont des élections législatives chargées de constituer le nouveau parlement espagnol. Les 350 députés élus devront rédiger la nouvelle constitution du royaume. Ce sont les premières élections libres depuis 1936.

Les partis politique sont de nouveaux autorisés et se déploient pour faire campagne. La transition démocratique ne se fera pas sans heurts. De nombreuses altercations éclatent entre franquistes et militants des divers partis de gauche.

Janvier 1977. Un groupuscule d'extrême droite attaque un bureau d'avocats proche du Parti Communiste Espagnol. Ils assassinent quatre avocats et en blessent plusieurs autres. Plus de cent mille espagnols se rendent dans la rue pour dénoncer cette barbarie fasciste et en soutien aux victimes, cette foule immense assiste aux funérailles. 

Juin 1977. Malgré l'attentat d'extrême droite, plus de 18 millions d'électeurs espagnols se rendent à leurs bureaux de votes pour élire le parlement. Au total, 79% des inscrits sur les listes électorales exercent leur devoir de citoyens. 

L'UCD (Union du Centre Démocratique) remporte les élections et voit sa tête de liste Adolfo Suarez devenir Président du gouvernement, équivalent de premier ministre. A.Suarez occupait déjà, depuis presque un an, la fonction de président du gouvernement. En effet, le roi Juan Carlos l'avait nommé en lieu et place de Carlos Arias Navarro, dernier chef de gouvernement de Franco, il avait donc conservé sa place durant 8 mois après la mort du dictateur. De 1958 jusqu'à 1977, Adolfo Suarez a également était membre du parti politique de Franco et a occupé divers postes ministérielles. À son arrivée au pouvoir, suite à la victoire aux législatives de 1977, Adolfo Suarez vote l'amnistie envers les leaders du franquisme et responsables de la mort des opposants au régime. Les institutions sécuritaires de l'époque franquiste ne connaissent aucun changement, elles restent en place. La police, l'armée et la justice ne subissent aucune réforme. 

En 1978, le parlement établit une nouvelle constitution qui est soutenue en grande majorité par les citoyens espagnols. L'année suivante, en 1979, Adolfo Suarez conserve son poste, après que son parti l'UCD remporte à nouveau les élections législatives.

Février 1981. Des militaires de la Garde Civile pénètrent au sein du parlement, en pleine séance, ils sont armés. Le leader du putsch est un fervent franquiste Antonio Tejero. Les députés sont pris en otage par les putschistes. Dans les casernes militaires de Madrid, des unités se préparent à prendre le contrôle de points stratégiques de la capitale espagnole. À Valence, l'armée déploie ses chars et bloque des carrefours. La démocratie espagnole vasille. En pleine nuit, le roi de l'Espagne, Juan Carlos, s'exprime sur les événements. Il dénonce les actions de militaires putschistes. 

Les putschistes finissent par capituler, les otages sont libérer et les responsables de cette tentative d'insurrection sont jugés et emprisonnés. 

Octobre 1982. Le PSOE (Parti Socialiste Ouvrier Espagnol) remporte les élections législatives et Félipe Gonzalez, sa tête de file, devient premier ministre. Plusieurs défis majeurs attendent le nouveau gouvernement. À l'extérieur du pays, Gonzalez entend sortir son pays de l'isolement et peser sur la scène internationale. Au sein du territoire espagnol, il doit lutter contre les velléités indépendantistes des basques et catalans. L'ETA qui milite en faveur de l'indépendance basque mène des actions armées contre les représentants des forces de l'ordre de la couronne espagnole et contre les politiques. 

Octobre 1983. José Antonio Lasa et José Ignacio Zabala deux militants de l'ETA se sachant traqués par la police espagnole se réfugie au Pays-Basque français, à Bayonne. Ils sont enlevés, à Bayonne, puis séquestrés, torturés et tués, à San Sebastian, dans le Pays-Basque espagnol. Les auteurs de ce crime sont des membres de la Garde Civile espagnole qui opère pour le GAL (Groupes Antiterroristes de Libération). Regrettant que la France ferme les yeux devant les exactions de l'ETA, le GAL n'hésite pas à agir chez elle, donc de l'autre côté des Pyrénées pour que l'État français engage le combat contre les indépendantistes basques. Le GAL agit clandestinement mais reçoit des financements du gouvernement espagnol, principalement du ministère de l'intérieur, des suspicions pèsent sur le rôle de Félipe Gonzalez sur les agissements de cette organisation. Le GAL est composé majoritairement de membres des forces de l'ordre. Entre 1983, année de sa fondation, et 1987, où il est dissout, le GAL commet 27 assassinats. José Barrionuevo, ministre de l'intérieur et principal fondateur des GAL, sera condamné à 10 ans de prison ferme. 

1985. L'avortement est dépénalise par le gouvernement socialiste. Les conservateurs et l'Église catholique dénoncent cette mesure. Tandis que les progressistes considèrent que cette avancée n'est pas suffisante, l'avortement étant autorisé qu'en cas de viol ou de danger pour la vie de la mère. 

1986. L'Espagne intègre la Communauté Économique Européenne, qui deviendra l'Union Européenne. L'Espagne se fait une place de plus importante en Europe et dans le Monde.

1992. L'Exposition Universelle se tient à Séville. Barcelone organise les jeux olympiques. Deux événements internationaux qui permettent à l'Espagne de continuer à se positionner en place forte sur le globe.

Bien que la démocratie semble accepter désormais de tous les espagnols, et que le pays se modernise davantage. Une frange d'espagnols continue d'honorer, tous les 20 Novembre la mémoire de Franco. Ces nostalgiques du franquisme se rejoignent annuellement au Valle de los Caidos, on retrouve également des néonazis allemands. Des moines bénédictins de l'abbaye adossée au complexe monumental officient lors d'une cérémonie religieuse. 

1996. Des élections législatives anticipées voient la victoire de la droite espagnole, le Parti Populaire obtient 38% des suffrages exprimés et devance d'un petit pourcentage le PSOE. Son leader, José Maria Aznar devient Président du gouvernement. Durant sa jeunesse, le nouveau leader de la droite était membre de mouvements franquistes. Son électorat s'attend à ce qu'il mette aux attentats terroristes de l'ETA. 

Fin des années 90 et années 2000. Des familles de victimes du franquisme cherchent la vérité sur leurs parents disparus durant la guerre civile et les exactions durant le règne de Franco. Certaines familles parviennent à trouver l'endroit où le corps du défunt a été enterré et demandent à l'exhumer. 

L'Espagne compterait plus de 2500 charniers qui contiendraient les ossements d'environ 150 000 personnes victimes du franquisme. Le juge Baltasar Garzon s'attaque au passé franquiste de l'Espagne, à la fin des années 2000, il se penche sur le cas des charniers et fait face aux lois d'amnisties promulguées en 1977 par le gouvernement d'Adolfo Suarez. Sur les 150 000 disparus, moins de 5 000 ont pu être exhumés et identifiés.

2004. L'Espagne est frappé par un attentat terroriste islamiste qui coûte la vie à 200 espagnols et fait environ 2000 blessés. L'attentat se déroule à la gare d'Atocha, à Madrid. Le pays est à cette époque en pleine campagne électorale est le parti du chef de gouvernement le conservateur Aznar élu en 1996, réélu en 2000 est donné favori dans les sondages. Aznar ne brigue pas un 3ème mandat et c'est Mariano Rajoy qui est investit à sa place. Le Parti Populaire d'Aznar et Rajoy va commettre une terrible erreur qui lui coûtera le scrutin. Le parti de droite accuse l'ETA de cet attentat, avant qu'il soit finalement revendiqué par un groupuscule islamiste. Ces accusations feront perdre le soutien d'une bonne parti d'électeurs potentiels. C'est finalement le PSOE qui l'emporte et Zapatero devient Président du Gouvernement. 

2005. Le parlement espagnol vote favorablement à la légalisation du mariage homosexuel. Une grande avancée sociale obtenue par le gouvernement socialiste et à sa majorité. Trente ans après la fin de la dictature fasciste de Franco, l'Espagne continue d'avancer dans l'amélioration des droits humains et la quête d'égalité entre citoyens.

2011. À l'issue de longues négociations, l'ETA dépose les armes. Les actions terroristes du groupuscule indépendantiste basque a fait 850 morts et 2500 blessés en 5 décennies. Le mouvement sera dissous 7 ans plus tard, en 2018. 

Cette même année, le pays subit violemment la crise économique et le chômage explose. Révoltés, des espagnols fondent le mouvement des indignés. Ils dénoncent une parodie de démocratie et la difficulté de se loger.

C'est dans cette situation explosive et critique que sont organisées de nouvelles élections législatives. Zapatero premier ministre depuis 2004, suite aux victoires du PSOE aux législatives de 2004 et 2008, se retire de la vie politique. C'est Rubalcaba qui lui succède pour mener les socialistes durant ces élections. C'est la droite espagnole qui effectue son retour au pouvoir, mené par Rajoy, le Parti Populaire obtient une nette victoire et la majorité absolue. Mariano Rajoy devient alors Président du gouvernement. 

Durant son mandat, Rajoy voit des révélations de corruption le visant être médiatisées. Malversations, surfacturations de marchés publics et pots de vins pour des millions d'euros d'argent public détournés. Une grande parti de l'argent détourné à servi à alimenter les caisses du Parti Populaire, le parti politique de droite où est encarté Rajoy. Le scandale concerne autant le gouvernement que les élus locaux du parti. 

Alors que le pays est en pleine tourmente, le roi Juan-Carlos est lui aussi pris dans un scandale. Il s'envole au Botswana, avec sa maîtresse, pour un safari et une chasse d'animaux protégés. Un voyage des plus fastueux. Une autre histoire le fragilise, il est accusé d'avoir touché des millions d'euros de l'Arabie Saoudite.

2014. Alors que les affaires concernant le roi heurtent les citoyens espagnols, il finit par abdiquer en faveur de son fils. Des voix se font alors entendre pour abolir la monarchie, elles ne seront pas entendues.

2018. L'accumulation de scandales judiciaires fait tomber le gouvernement de Rajoy du Parti Populaire, suite à une motion de censure proposée par le PSOE de Pedro Sanchez et votée par le parlement espagnol. la démocratie espagnole est fragilisée. Pedro Sanchez (PSOE) devient le Président du gouvernement espagnol. 

Durant son mandat, Sanchez fait exhumer la dépouille de Franco du Valle de los Caidos. L'ancien ditacteur espagnol est par la suite enterré dans le caveau familial. 

La bipolarisation qui caractérisait la démocratie espagnole depuis la chute du franquisme explose. De nouveaux partis émergent comme Podemos à gauche ou Vox à l'extrême droite. Les partis historiques que sont le PP et le PSOE peinent à convaincre les électeurs et à former des majorités au parlement, ils en réduits à devoir former des alliances pour trouver une majorité. 

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