Mondo Reverso

                   

Mondo Reverso est une série de bande dessinée en deux tomes scénarisée par Arnaud Le Gouëfflec et dessinée/colorisée par Dominique Bertail.Il s’agit d’un western transgenre et féministe qui repose sur un postulat simple et radical : dans un Far West alternatif de l’Arizona, les rôles de genre sont complètement inversés. Les femmes sont les cow-girls dominantes, violentes, portant le colt et dirigeant le monde ; les hommes sont les potiches au foyer, en dentelle, parlant chiffons et assumant les tâches domestiques. Le tout est traité avec un humour potache, absurde et souvent gras, typique de Fluide Glacial, tout en gardant les codes classiques du western.


Résumé du Tome 1 : Cornelia & LindberghDans cet Ouest surréaliste, Cornelia, desperadette au cuir tanné et recherchée « dead or alive » par une pasteure chasseuse de primes, croise la route de Lindbergh, un bel homme au foyer en cavale, dégoûté de son rôle de trophée domestique.Tous deux fugitifs, poursuivis par leur passé, des psychopathes et un paquet d’Indiennes farouches, ils forment un duo improbable et se lancent dans une quête à travers les plaines de l’Arizona… et aux frontières du genre. La romance « je t’aime moi non plus » se noue au milieu des hormones en folie, des duels et d’un joyeux bordel des esprits et des sens.Le tome 1 pose l’univers et les personnages principaux avec des chapitres courts. Il joue à fond sur l’inversion des clichés.



Résumé du Tome 2 : La Bonne, la Brute et la TruandeCornelia et Lindbergh tentent de couler des jours heureux, mais la vie de couple n’est pas simple : Lindbergh en a assez de se taper tout le boulot domestique pendant que sa dulcinée joue les shériffes. L’enlèvement du garçon des Thompson les replonge dans l’action : l’enquête les mène au Mexique, au cœur d’un cirque de freaks improbables, où folklore mexicain, foire aux monstres humains et vaudou se mêlent joyeusement.On retrouve des personnages du tome 1 comme Hatcher et ses ennuis de pénis imposant en brouette après un surdosage et de nouveaux protagonistes excentriques comme Baronne Samedi leader de son convoi de "monstres". L’aventure reste délirante, avec toujours cette inversion systématique des rôles.AnalyseL’idée d’inversion des rôles est exploitée avec intelligence et truculence : elle permet à la fois une parodie jubilatoire du western macho et une satire des stéréotypes de genre. L’humour est direct, cohérent et drôle, sans jamais tomber dans le discours militant pesant.
La BD livre une profonde critique sociétale par cette inversion des genres. Des hommes sont réduits à un rôle secondaire dans des harems. Certains d'entre-eux, comme Lindbergh, tentent de se déguiser en femme pour bénéficier des avantages dont celles-ci jouissent et c'est ainsi un rappel historique de ces travestissements que certaines femmes ont dû effectuer dans notre monde.  
On retrouve également le concept de la pureté dû à la virginité des femmes. En effet, Hatchet à recours au sacrifice d'un jeune garçon vierge. Il s'avère que le jeune garçon à déjà eu des relations sexuelles, il perd alors toute valeur. Avouant avoir déjà eu des relations intimes, le jeune garçon pleure. Il est mal vu pour un garçon de coucher, il est considéré comme un garçon facile.
Les personnages sont charismatiques et hauts en couleur. Cornelia est une force de la nature, Lindbergh un anti-héros touchant. Le scénario privilégie la rigolade et la sensualité sage plutôt qu’une réflexion profonde, ce qui est vu comme une force dans un contexte sociétal tendu.
Le deuxième tome approfondit la relation du couple et élargit l’univers avec des éléments mêlant croyances occultes et Freaks Shows rappelant une partie de l'histoire des États-Unis sur ses cirques déshumanisant des personnes atteintes de déformations physiques. Il reste truculent et visuellement somptueux, mais l’intrigue paraît parfois un peu étirée ou plus conventionnelle. L’humour, très présent, peut sembler répétitif une fois la surprise de l’inversion passée.
Globalement, Mondo Reverso est une réussite dans le genre parodique. Concept original et parfaitement assumé, dessin magnifique (sépia riche, détails foisonnants, personnages expressifs), personnages mémorables, satire efficace des normes de genre et dénonciation des codes patriarcaux. Les auteurs s’amusent visiblement et transmettent ce plaisir au lecteur.
La série questionne subtilement les modèles dominants, le pouvoir masculin, le rôle attendu des femmes dans une société patriarcale, le partage des rôles en les retournant comme une crêpe, avec un effet miroir souvent hilarant. Elle reste avant tout une BD divertissante et visuellement forte.

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