Moyen-Orient: 1979 Une année de troubles
Décembre 1977. Jimmy Carter, président des États-Unis, se rend en Iran pour une visite d'État chez le Shah, allié des USA au Moyen-Orient.
En pleine période de guerre froide, le Moyen-Orient est traversé par des remous. La région est divisée entre les alliés des occidentaux adeptes de l'idéologie libérale à l'image de l'Iran et les alliés de l'URSS comme la Syrie et l'Irak tous deux baasistes, ou les communistes afghans.
Néanmoins, adeptes du libéralisme occidental ou fidèles à Moscou, les deux camps tentent de moderniser leurs États et font face à un exode rural important, les populations locales voulant profiter des nouvelles opportunités de leurs villes. Les métropoles sont attrayantes avec des industries développant d'importantes technologies de pointes, des centres commerciaux et des lieux festifs. De plus, les femmes obtiennent de nouveaux droits, s'émancipent en ayant accès aux études supérieures.
Pourtant, les conservateurs religieux appellent au retour des valeurs ancestrales et les révolutionnaires islamiques souhaitent répandre le fondamentalisme religieux au Moyen-Orient et dans le Monde.
Septembre 1978. À la Maison Blanche, le président des États-Unis, Jimmy Carter, reçoit le président égyptien, Anouar el-Sadate, et le premier ministre israélien, Menahem Begin. Les chefs d'État, de gouvernement du Moyen-Orient signent les accords de Camp David, avec pour objectif de parvenir à des traités de paix entre Israël et ses voisins arabes.
Janvier 1979. L'Ayatollah Khomeini est en exil depuis 13 ans. Malgré sa distance contrainte avec sa terre natale, l'ayatollah a gardé des contacts en Iran et n'est pas étranger à la révolution qui sévit sur place. Le pouvoir du Shah vacille. Alors qu'il vit en France, Khomeini tente de lisser son image et de se faire passer pour un vieil homme sage. Il prétend ne pas vouloir du pouvoir politique.
En Iran, des manifestations contre le pouvoir politique sont organisées quasiment quotidiennement. L'Iran est touché par une inflation monumentale créant de grandes inégalités dans le pays et une importante corruption. Les iraniens s'opposent également au libéralisme du régime s'inspirant de l'occident et rejettent également le mode de vie occidental qu'ils jugent décadent. Autour de la figure de Khomeini se rassemblent tous les opposants au Shah.
En Arabie Saoudite, depuis près de deux ans, le révolutionnaire Juhayman al-Otaibi tente d'échapper aux autorités saoudiennes. al-Oraibi est un partisan du djihad et s'oppose à la monarchie saoudienne qu'il considère comme corrompue par l'Occident. Il est un fervent opposant de la dynastie des Saoud qui règne sur l'Arabie Saoudite depuis la fondation du royaume d'Arabie Saoudite en 1932. Pour Al-Otaibi, cette dynastie a trahit les préceptes de l'islam. Pendant sa cavale, Al-Otaibi écrit des diatribes contre la monarchie.
Le Shah d'Iran, Reza Pahlavi, a fuit sont propre pays. Le peuple veut en finir définitivement avec la monarchie et sa politique capitaliste, son libéralisme économique qui a mené à de grandes injustices sociales et a une inflation grandissante. Les religieux islamiques, les conservateurs et les mouvements de gauche unis contre le Shah, veulent désormais modifier la gestion du pays. Kissinger, ancien secrétaire d'État des États-Unis, accuse le coup et craint le pire pour les intérêts économiques occidentaux au Moyen-Orient, ainsi que pour les régimes alliés de l'Occident dans la région.
Février 1979. Khomeini rentre en Iran, son exil prend fin avec la chute du régime monarchique. Une foule impressionnante comprenant une dizaine de millions d'iraniens l'attend comme le sauveur de la nation. A moi de Mars, les iraniens seront appelés aux urnes, ils devront déterminer s'ils souhaitent ou non que l'Iran deviennent une République Islamique.
À peine au pouvoir, Khomeini noue des relations à l'internationale. Le premier dignitaire étranger qu'il reçoit est Yasser Arafat, leader de gauche de l'Organisation de Libération de la Palestine. Arafat noue des relations depuis plusieurs années déjà avec les révolutionnaires iraniens, il les autorise à s'entraîner sur ses bases militaires. En retour, l'Iran met à disposition de l'OLP les locaux de l'ambassade d'Israël à Téhéran, celle-ci n'est plus la bienvenue. Bien que le régime iranien islamique défend une politique très à droite et conservatrice, il fait du combat des nationalistes arabes de gauche une lutte essentielle et un devoir musulman. L'ayatollah entend étendre la révolution islamique à tout le monde arabe, bien que chiite, il est soutenu par les Frères Musulmans d'un courant sunnite.
Mars 1979. Le président égyptien Anouar el-Sadate reçoit sont homologue étasunien Jimmy Carter, au Caire. Ils se réunissent pour évoquer la paix avec Israël. Sadate est attaqué par les nationalistes arabes qui soutiennent la mise en place d'une nation arabe unie et par les islamistes qui rêvent d'une nation islamique unie dans tout le Moyen-Orient. L'Égypte traverse une crise économique importante, alors que le président Sadate a abandonné le socialisme pour une politique libérale. Au Liban, l'OLP appelle à la grève contre la venue de Carter en Égypte.
Au Pakistan, des révolutionnaires islamistes affirment que leur révolte gagne l'Afghanistan. La révolution islamique iranienne booste les mouvements islamistes de la région. Depuis les zones frontalières entre le Pakistan et l'Afghanistan, les islamistes afghans s'attaquent à des cibles du régime communiste. Les islamistes afghans sont rejoins par les conservateurs pour combattre le régime communiste. Les communistes afghans ont mené de grandes réformes progressistes et laïques qui ont heurté une partie de la population. De fait, les communistes afghans ont aboli le mariage des enfants et interdit la vente d'épouse. Les communistes ont également promeut les droits des femmes et engagé un programme politique de redistribution des terres et des richesses.
À Moscou, on refuse que l'Afghanistan tombe aux mains des fanatiques religieux. Le régime soviétique décide d'envoyer ses forces militaires soutenir les troupes communistes afghanes contre les moudjahidines.
À Washington, le président Carter reçoit à la maison blanche son homologue égyptien Sadate et le premier ministre israélien Begin. Un traité de paix est signé entre l'Égypte et Israël. Le président Syrien Hafez el-Assad et son allié soviétique s'opposent à ce traité de paix. À Téhéran, d'importantes manifestations sont organisées contre ce traité de paix. Arafat accuse de trahison le président Sadate. En opposition à ce traité, la Ligue Arabe exclut l'Égypte et quitte Le Caire pour Tunis.
Appelés aux urnes pour un référendum sur la création d'une République Islamique en Iran, les iraniens votent favorablement à 99%.
Juin 1979. En Syrie, à Alep, un attentat, contre une école militaire, revendiqué par les Frères Musulmans coûte la vie à 60 personnes. Ils veulent la fin du régime baasiste. La répression contre les islamistes sera des plus sanglantes. De nombreux syriens vont croupir en prison accusés de liens avec les islamistes, la torture est monnaie courante et les procès inexistants.
En Égypte, les islamistes gagnent du terrain, ils qualifient le président Sadate de mécréant et le cible pour son traité de paix avec Israël. Les Frères Musulmans sont de plus en plus présents dans la société civile et progressent dans les universités, ils recrutent des milliers d'étudiants. Certains professeurs sont empêchés de dispenser des cours. Des étudiants réclament que les garçons et les filles soient séparés dans les classes et amphithéâtres. Leur idéologie se répand et ils vont jusqu'à agresser des femmes qui s'aventurent dans des lieux festifs. Ils organisent des réunions publiques avec des têtes pensantes des mouvements islamistes comme Fathi Shaqaqi. Ce dernier est un palestinien déçu par Arafat qui a rejoint le mouvement islamiste des Frères Musulmans et fonde le Jihad Islamique Palestinien. À la même période est fondé le Jihad Islamique Égyptien avec pour objectif la chute de Sadate et la mise en place d'un État islamique. Parmi les fondateurs du Jihad Islamique Égyptien, on retrouve Ayman al-Zawahiri qui deviendra des années plus tard fondateur et idéologue du groupe terroriste salafiste al-Qaïda.
La monarchie saoudienne veut éviter un embrasement islamiste mais Al-Otaibi ne l'entend pas de cette oreille. Il veut occuper la grande mosquée de La Mecque et renverser le régime.
Juillet 1979. Iran. Les adeptes de Khomeini ostracisent les militants de gauche. Alliés durant les révoltes contre le Shah, aujourd'hui ennemis. Les islamistes souhaitent éliminer les idéaux de gauche du pays. Tous les militants de gauche sont désormais perçus comme l'ennemi à abattre, les islamistes le clament haut et fort seul le parti d'Allah est désormais autorisé.
Août 1979. Iran. La presse est bâillonnée par le régime des mollahs. Les défenseurs de la liberté de la presse sont pris pour cible par le régime et rapidement interpellés. L'ayatollah Khomeini contrôle la rue.
Le sénat iranien entame la réécriture de la constitution pour accorder les pleins pouvoirs au guide suprême de la Révolution, l'ayatollah Khomeini.
Septembre 1979. L'Iran déploie sa marine au large de l'Irak pour une démonstration de force. Le gouvernement iranien entend apporter son soutien aux chiites irakiens. Au même moment, l'ayatollah iranien Ruhani appelle à l'annexion du Bahreïn par l'Iran. Selon lui, le Bahreïn est la 14ème province iranienne, ce jeune État indépendant depuis 1970, indépendance accordée par le Shah.
Les islamistes gagnent du terrain en Afghanistan malgré le déploiement des forces armées soviétiques. Les communistes afghans doivent composer avec la désertion de soldats gagnant les rangs de l'ennemi, endoctrinés par les discours religieux. Les dissidents des islamistes sont égorgés par les révolutionnaires islamistes.
Octobre 1979. En Égypte, le président Sadate est une cible de plus en plus menacée par les islamistes. Il défile pour commémorer sa "victoire" lors de la guerre du Kippour, en 1973. Bien que l'Égypte a été vaincu militairement par Israël, Sadate y voit une victoire politique permettant d'ouvrir de nouvelles négociations et le retrait Israélien du Sinaï. Il sait que les islamistes voient son traité de paix signé avec Israël comme une trahison. Pourtant, Sadate cherche à pacifier et unifier la société égyptienne. Pour ce faire, il cherche à rallier le leader des Frères Musulmans à son gouvernement. Face au refus des Frères Musulmans, Sadate hausse le ton. Il lance une guerre aux islamistes, une campagne d'arrestations de grande ampleur est menée. Deux ans plus tard, lors de la même cérémonie, le président égyptien est assassiné par des islamistes. Les assassins sont des membres de son armée appartenant au groupe islamiste Jihad Islamique Égyptien fondé par d'anciens membres des Frères Musulmans.
Khomeini cherche à construire un nouveau Moyen-Orient, pour ce faire, il envoie son vice-premier ministre, Sadeq Tabatabaei, en Syrie rencontrer le président Hafez el-Assad. Il se rend également au Liban, où vit une forte communauté chiite.
Lors d'un sommet, qui préfigure de la création du conseil de coopération du Golfe, qui adviendra en 1981, les ministres des affaires étrangères de six États du Golfe Persique se réunissent en Arabie Saoudite. On retrouve l'Arabie Saoudite, Oman, le Koweït, Bahreïn, les Émirats Arabes Unis et le Qatar. Informés de l'ingérence iranienne dans la région, ces six États décident de coordonner la sécurité.
L'armée afghane, de nouveau renforcée par les soviétiques, s'effondre devant les moudjahidines. Les islamistes progressent et des rébellions gagnent les rangs communistes. Désemparé, le gouvernement afghan réunit les chefs de tribus du pays à Kaboul. Il leur demande d'expliquer sa politique à la population civile. Le président Hafizullah Amin leur promet une vie meilleure.
Lors du pèlerinage à La Mecque de 1979, des figures majeurs du Moyen-Orient sont présentes comme le Cheikh Zayed ben Sultan, fondateur et président des Émirats Arabes Unis, ainsi que des dignitaires iraniens comme Ali Khamenei. L'Iran appelle tous ses ressortissants se rendant à La Mecque à répandre l'idéologie révolutionnaire islamique. Les autorités saoudiennes sont aux aguets. Les pèlerins iraniens écoutent les consignes de leurs dirigeants politiques et contestent ouvertement la légitimité religieuse et politique de la monarchie saoudienne.
Novembre 1979. Des étudiants et milices islamistes attaquent l'ambassade étasunienne à Téhéran. Ils prennent 66 employés de l'ambassade en otages et réclament l'extradition du Shah, en exil aux États-Unis. Les sentiments de rejet des occidentaux gagnent toute la sphère politique iranienne, la gauche, les conservateurs et les islamistes sont rassemblés autour de cette haine viscérale de l'Occident. Le 1er ministre iranien, Mehdi Bazargan, et tout son gouvernement démissionnent en guise de protestation contre la prise d'otages. Khomeini nomme un gouvernement provisoire qui lui sera fidèle. L'ayatollah soutient les événements anti-étasuniens qui se déroulent, il veut légitimer la constitution adoptée un mois plus tôt qui le consacre guide suprême de la Révolution. Il est en poste à vie. Ses successeurs seront élus par un conseil de la Révolution.
Dans le village saoudien d'Al Mundassah, Juhayman al-Otaibi et 350 de ses frères d'armes islamistes se préparent militairement. Ils cachent des armes dans des cercueils et se rendent à La Mecque, ils introduisent ainsi des armes dans la grande mosquée al-Haram. Le lendemain, le groupe islamiste annonce la venue du Mahdi, un être messianique islamique qui serait envoyé par Allah pour apporter la justice et la paix, le Mahdi serait le beau-frère d'al-Otaibi, le dénommé Mohammed Ben Abdallah Al Qahtani. Le groupe islamiste appelle donc les musulmans sur place, venus faire leur Hajj, à se soumettre au Mahdi, donc aux islamistes, le Mahdi étant dans leurs rangs. L'organisation islamiste menée par al-Otaibi cherche à rallier la population saoudienne à sa cause contre la monarchie qu'elle juge corrompue par l'Occident et non conforme à l'Islam, elle reproche notamment au régime une libéralisation de sa politique avec en prime l'accès à l'éducation pour les filles.
Bien que la majorité des pèlerins parvient à s'enfuir, les islamistes font plus d'une centaine d'otages. L'armée et la police saoudienne tentent d'intervenir frontalement mais sont repoussées par les terroristes et plusieurs membres des forces d'interventions sont tués.
Au même moment, le gouvernement saoudien est en visite officielle à Tunis pour un sommet de la Ligue Arabe. Il soutient le président Sadate et tente de désamorcer la situation et l'exclusion de l'Égypte de la Ligue Arabe. Face à la crise de La Mecque, un black-out médiatique est décrété, les ministres rentrent à la hâte au pays et les frontières saoudiennes sont fermées.
À Téhéran, Khomeini accuse les États-Unis d'être responsable de la prise d'otages sur ce lieu Saint de l'Islam, La Mecque. La République Islamique agite sa population et le monde musulman à s'opposer à l'impérialiste étasunien. Le message est bien entendu, aussitôt l'ambassade étasunienne est prise d'assaut et incendiée au Pakistan.
Les snipers islamistes qui avaient investis les minarets sont abattus par l'armée saoudienne. Enfin, cette dernière parvient à sécuriser la cour de la Grande Mosquée de La Mecque. Pour rassurer les fidèles, les autorités saoudiennes diffusent des images d'officiels faisant le tour de la Kaaba. Les autorités saoudiennes parviennent à neutraliser Juhayman al-Otaibi et tous ses hommes dans le sous-sol de la Mosquée. Il aura fallu deux semaines pour venir à bout de ces terroristes, le roi Saoudien se sent humilié. Lors des affrontements, 11 pèlerins ont été tués et 109 blessés. Chez les forces armées saoudiennes, on dénombre 127 morts et 451 blessés. Alors que chez les islamistes, on décompte 117 morts et 68 prisonniers qui seront condamnés à mort, parmi eux al-Otaibi.
Décembre 1979. Après l'adoption de la constitution par l'Assemblée, en Octobre. Le peuple iranien est appelé à se prononcer sur cette même constitution en ce mois de Décembre 1979, il vote favorablement. Alors qu'il était le Chef de la Révolution depuis le renversement du Shah, début Février 1979, Khomeini porte désormais le titre de Guide Suprême de la Révolution Islamique. C'est le chef de l'État iranien et il est en poste à vie.
La monarchie saoudienne tente de se racheter une crédibilité dans le monde musulman en menant une politique nettement plus conservatrice, plusieurs métiers sont dorénavant interdits aux femmes, le théâtre, le cinéma et la musique sont interdits. Elle octroie des pouvoirs supplémentaires aux théologiens musulmans. Elle finance également des groupes islamistes à coups de milliards de dollars.
Moscou, qui se contentait de conseiller l'armée et le gouvernement afghans, décide d'envoyer directement des troupes sur place. L'effet escompté n'est pas au rendez-vous, au contraire. Les islamistes sortent renforcés de l'invasion soviétique, la population étant offensée de voir un pays étranger interférer dans ses affaires. De nombreux musulmans du Moyen-Orient se rendent en Afghanistan en soutien aux islamistes et à la population civile et viennent combattre les soviétiques.
Parmi les combattants contre les soviétiques, Abdallah Azam, professeur d'université et membre du groupe politique des Frères Musulmans,convainc Oussama Ben Laden de rejoindre les hommes engagés sur le front afghan. Azam est un fervent défenseur de la charia, qu'il enseigne à ses étudiants, il souhaite l'application d'un islam radical. Dans les années 1980, Azam et Ben Laden fondent le mouvement islamiste Maktab al-Khadamat, puis Al-Qaïda.
Considérant avec bienvenue la lutte des moudjahidines et des islamistes contre les Soviétiques en Afghanistan, la CIA a financé et participé à l'action de ces combattants contre le communisme. Washington a fourni un armement lourd à ces hommes, l'ironie, le cynisme de l'histoire fait que parmi les bénéficiaires des ressources financières et logistiques de la CIA, il y a un certain Ben Laden. Le savoir-faire étasunien a été transmis au sein des groupes islamistes et a permis à Ben Laden de développer son organisation terroriste, Al-Qaïda...
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