Les bonnes (théâtre)




Les Bonnes de Jean Genet est une pièce de théâtre, écrite en 1947. Probablement inspirée de l’affaire des sœurs Papin, survenue 14 avant la conception de la pièce, même si Jean Genet l'a nié, elle est l’une des œuvres les plus célèbres et les plus jouées de Genet. Tragique, violente et ritualisée, elle explore les thèmes de l’identité, du pouvoir, de la haine et de l’illusion. RésuméL’action se déroule dans la chambre luxueuse de Madame, une riche bourgeoise. Ses deux bonnes, les sœurs Claire et Solange, profitent de son absence pour accomplir un rituel secret qu’elles appellent « la cérémonie ».

Claire joue le rôle de Madame, elle porte ses robes, ses bijoux, se maquille comme elle, tandis que Solange joue le rôle de Claire, la bonne soumise. Dans ce jeu de rôles pervers et machiavélique, la « fausse Madame » humilie violemment la « fausse Claire », jusqu’au meurtre symbolique. Le rituel est toujours interrompu par le réveil, les prévenant de l'arrivée imminente de Madame, elles n’arrivent jamais à aller jusqu’au bout.

En parallèle de ce jeu, les deux sœurs ont un projet concret, elles ont envoyé une lettre anonyme de dénonciation qui a fait emprisonner l’amant de Madame, « Monsieur ». Elles préparent également un empoisonnement avec une tisane de tilleul additionnée de Gardénal, médicament prescrit pour lutter contre l'épilepsie. Madame rentre, prête à suivre son amant au bagne. Entre temps, il a téléphoné au domicile de Madame, prévenant Claire qu'il avait été libéré et fixant un rendez-vous à Madame. Claire tente désespérément de lui faire boire la tisane empoisonnée, mais Madame, euphorique, refuse et repart rejoindre Monsieur. Restées seules, les sœurs reprennent leur cérémonie. 
Solange frustrée que Claire ne soit parvenue à empoisonner Madame, est prête à tout révéler et à étrangler sa sœur, jouant le rôle de Madame. Claire alors bouleversée, tétanisée, reprend place dans le rôle de Madame et insiste pour que Solange lui serve la tisane empoisonnée.

Dans un ultime renversement, Claire, dans le rôle de Madame, boit elle-même la tisane empoisonnée et meurt, tandis que Solange, dans un long monologue halluciné, assume le meurtre et imagine leur propre condamnation. Le meurtre de Madame est remplacé par le suicide rituel de Claire, qui tue symboliquement la maîtresse en s’identifiant à elle. Analyse La pièce repose entièrement sur le théâtre dans le théâtre. Les bonnes ne cessent de changer de rôle : Claire devient Madame, Solange devient Claire, puis Solange devient Madame... Les frontières entre réalité et illusion, entre bourgeoise et domestique, entre bourreau et victime s’effacent. Genet montre que l’identité est une construction, un masque. Les sœurs haïssent Madame mais aspirent en même temps à être elle. Elles se haïssent aussi elles-mêmes et se haïssent mutuellement tout en s’aimant d’un amour ambigu, teinté d'érotisme.La pièce n’est pas un simple pamphlet prolétarien. Elle met en scène la dialectique maître-esclave : on ne peut exister sans l’autre. La haine des bonnes envers Madame est inséparable d’une fascination et d’une dépendance. Le luxe de Madame les humilie et les excite à la fois. La bourgeoisie est caricaturée (Madame est frivole, narcissique, cruelle sans le savoir), mais les bonnes ne sont pas des héroïnes : leur révolte est impuissante, pathologique, autocentrée. Le vrai meurtre est impossible ; seul le rituel permet une forme de catharsis tragique.Genet transforme le drame en cérémonie sacrée. Les gestes sont stylisés, le langage est lyrique, pathétique, outrancier, poétique. La pièce est une parodie de tragédie classique : unité de temps/lieu/action, mais avec un héros collectif (Claire/Solange) qui se suicide symboliquement plutôt que d’accomplir le crime. Le final est particulièrement puissant : en buvant le poison, Claire tue l’image de Madame en elle. Solange devient alors « la seule bonne » et assume le rôle du criminel glorieux. La révolte se referme sur elle-même.La pièce adopte une structure circulaire, elle commence et finit presque de la même façon (le rituel), mais la répétition aboutit à la mort réelle.ConclusionLes Bonnes est une œuvre profondément pessimiste sur la condition humaine : la révolte contre l’oppression ne libère pas, elle enferme davantage dans le cycle de la haine et de l’illusion. Genet y déploie son goût pour les marginaux, l’inversion des valeurs morales et le théâtre comme lieu de transformation et de mensonge sacré.C’est à la fois une pièce sur la lutte des classes, une exploration psychanalytique du double et du désir, et une réflexion métathéâtrale sur le rôle et l’identité. Elle reste d’une actualité brûlante et continue d’être revisitée par les metteurs en scène pour sa force ritualisée et sa modernité.

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